4ᵉ économie de la zone euro, première destination touristique européenne et terre d'accueil historique pour les Français — expatriés, retraités au soleil ou travailleurs détachés : l'Espagne attire chaque année des dizaines de milliers de nos compatriotes. Mais quand vient le moment de la retraite, les règles du jeu changent de l'autre côté des Pyrénées.
Le Mercer CFA Institute Global Pension Index évalue chaque année 52 systèmes de retraite dans le monde. En 2025, la France obtient la note B (score entre 66 et 75/100) tandis que l'Espagne reçoit un C+ (score 63,8/100), synonyme d'un « système présentant de bons atouts mais des risques ou manques à corriger ». L'Espagne se distingue cependant par un taux de remplacement élevé du pilier public, tandis que la France tire avantage de sa complémentaire obligatoire (Agirc-Arrco).
| Critères | 🇫🇷 France | 🇪🇸 Espagne |
|---|---|---|
| Âge légal (à terme) | 64 ans (génération 1968+) |
65 à 67 ans (selon durée de cotisation, 67 ans dès 2027) |
| Mode de calcul | Trimestres 25 meilleures années |
Base régulatrice 25 dernières années (ou 302 meilleures bases sur 304 mois dès 2026) |
| Répartition / Capitalisation | Répartition base + complémentaire obligatoire |
Répartition pilier public dominant (capitalisation facultative) |
| Taux de remplacement net | ~72 % (base + Agirc-Arrco) |
~80 % (régime public seul) |
| Cotisation retraite totale | ~28 % (base + Agirc-Arrco) |
~28,3 % + MEI 0,9 % (dont 4,7 % salarié + 23,6 % employeur + MEI) |
| Décote (départ anticipé) | 5 % / an (1,25 % / trimestre manquant) |
Variable coefficients réducteurs par trimestre (de ~2 % à ~21 % max.) |
| Surcote (départ différé) | 1,25 % / trimestre (5 % / an) |
2 à 4 % / an (jubilación demorada) |
| Nombre de mensualités | 12 | 14 (+ 2 pagas extraordinarias en juin et décembre) |
| Durée minimale de cotisation | Aucune (1 trimestre cotisé suffit) |
15 ans (dont 2 ans dans les 15 dernières années) |
| Pension maximum (2026) | Variable | 3 359,60 €/mois (47 034,40 €/an en 14 pagas) |
La France et l'Espagne sont toutes deux des systèmes à dominante répartition avec un pilier public fort. Mais l'Espagne se distingue par un taux de remplacement du régime public parmi les plus élevés d'Europe (~80 %), un versement sur 14 mensualités, et un plafond de pension explicite (3 359,60 €/mois). En revanche, le système espagnol exige 15 ans de cotisation minimum pour ouvrir des droits (vs aucun minimum en France). Pour les Français ayant cotisé dans les deux pays, c'est la coordination européenne qui préserve et totalise vos droits — mais attention au décalage d'âge entre les deux systèmes.
Vous avez travaillé quelques années en Espagne, cotisé à la Seguridad Social, puis vous êtes rentré en France — ou vous envisagez de prendre votre retraite sous le soleil ibérique ? Aujourd'hui, vous vous demandez comment fonctionne le système de retraite espagnol et comment récupérer vos droits.
Le système de retraite en Espagne a ses propres règles — base régulatrice, âge de départ évolutif vers 67 ans, 14 mensualités, fiscalité spécifique — qui méritent une attention particulière pour optimiser vos droits. Ce guide vous explique tout : le fonctionnement du régime public, les conditions d'accès à la pension espagnole, le calcul de vos droits, la fiscalité, et les retraites complémentaires privées.
👉 Vous souhaitez comprendre l'impact de vos périodes travaillées en Espagne sur votre retraite française ? Consultez notre article dédié : Périodes travaillées en Espagne : quel impact pour votre retraite française ?
Le système de retraite espagnol repose principalement sur deux piliers :
| 1er pilier : Retraite publique (Seguridad Social — INSS) |
2e pilier : Retraite privée (Planes de pensiones) |
|---|---|
| Le pilier principal et obligatoire | Épargne complémentaire facultative |
| Système par répartition géré par l'État (Instituto Nacional de la Seguridad Social - INSS) | Plans de pension individuels ou d'entreprise gérés par des entités financières privées |
| Cotisations obligatoires : environ 28,3 % du salaire brut (dont 4,7 % pour le salarié) + MEI 0,9 % en 2026 | Cotisations volontaires avec avantages fiscaux (déductibles de l'IRPF jusqu'à 1 500 €/an pour les plans individuels) |
| Pension viagère garantie par l'État, versée sur 14 mensualités | Capital ou rente selon le choix du bénéficiaire |
Depuis 2023, l'Espagne a introduit une cotisation supplémentaire pour renforcer la « hucha de las pensiones » (fonds de réserve des pensions). En 2026, le MEI atteint 0,9 % de la base de cotisation (0,75 % à charge de l'employeur, 0,15 % pour le salarié). Ce taux augmentera progressivement jusqu'à 1,2 % en 2029, et se maintiendra jusqu'en 2050.
Cette cotisation ne génère pas de droits supplémentaires à la pension — elle sert uniquement à garantir la soutenabilité du système.
Le régime général de la Sécurité sociale espagnole verse plusieurs types de pensions :
En janvier 2026, l'Espagne compte plus de 10,4 millions de pensions contributives. La pension moyenne de retraite s'élève à environ 1 552 €/mois (14 mensualités). Le système espagnol est l'un des plus généreux d'Europe en termes de taux de remplacement du pilier public, avec environ 80 % du dernier salaire pour une carrière complète.
Source : Seguridad Social
L'Espagne est en pleine transition vers un âge de retraite de 67 ans, qui sera atteint en 2027. En 2026, l'âge de départ dépend du nombre d'années de cotisation :
| Années cotisées | Âge de départ en 2026 |
|---|---|
| 38 ans et 3 mois ou plus | 65 ans |
| Moins de 38 ans et 3 mois | 66 ans et 10 mois |
📅 Tableau : évolution de l'âge légal de la retraite en Espagne :
| Année | Cotisation pour départ à 65 ans | Âge si cotisation insuffisante |
|---|---|---|
| 2019 | 36 ans et 9 mois ou + | 65 ans et 8 mois |
| 2020 | 37 ans ou + | 65 ans et 10 mois |
| 2021 | 37 ans et 3 mois ou + | 66 ans |
| 2022 | 37 ans et 6 mois ou + | 66 ans et 2 mois |
| 2023 | 37 ans et 9 mois ou + | 66 ans et 4 mois |
| 2024 | 38 ans ou + | 66 ans et 6 mois |
| 2025 | 38 ans et 3 mois ou + | 66 ans et 8 mois |
| ⭐ 2026 | 38 ans et 3 mois ou + | 66 ans et 10 mois |
| 2027 et suivantes | 38 ans et 6 mois ou + | 67 ans |
Pour avoir droit à une pension contributive en Espagne, vous devez justifier :
Si vous n'atteignez pas les 15 ans de cotisation en Espagne seul, le principe de totalisation européen (règlement CE 883/2004) permet de comptabiliser vos trimestres acquis dans d'autres pays de l'UE pour remplir cette condition. L'Espagne ne paiera alors qu'une pension pro-rata, proportionnelle aux années réellement cotisées dans le pays.
👉 En savoir plus : impact des périodes espagnoles sur votre retraite française
L'Espagne permet plusieurs modalités de départ anticipé à la retraite, mais avec des conditions strictes :
| Type de retraite anticipée | Âge minimum (2026) | Conditions |
|---|---|---|
| Jubilación anticipada voluntaria (Retraite anticipée volontaire) |
63 ans (si ≥ 38a3m cotisés) ou 64 ans et 10 mois |
35 ans de cotisation minimum, dont 2 dans les 15 dernières années. Décote : max. 2 ans avant l'âge légal. Coefficients réducteurs appliqués. |
| Jubilación anticipada involuntaria (Retraite anticipée forcée) |
61 ans (si ≥ 38a3m cotisés) ou 62 ans et 10 mois |
33 ans de cotisation minimum. Licenciement économique ou cessation d'activité. Décote : max. 4 ans avant l'âge légal. Coefficients plus favorables. |
| Jubilación parcial (Retraite progressive) |
62 ans (si ≥ 38a3m) ou 63 ans et 10 mois (si ≥ 33 ans cotisés) |
Réduction du temps de travail (25 % à 50 %) avec embauche d'un « relevista » (contrat-relais). |
Les coefficients réducteurs (coeficientes reductores) : la décote varie selon le nombre de mois d'anticipation et les années cotisées. Plus vous avez cotisé, plus la pénalité est faible. En 2026, les pénalisations maximales (2 ans d'anticipation) vont de ~9,1 % à ~21 % selon la durée de cotisation.
Exemple : Un assuré avec 36 ans de cotisation souhaite partir 2 ans avant l'âge légal (retraite anticipée volontaire).
Spécialistes des retraites obligatoires internationales, nous calculons l'impact précis des coefficients réducteurs sur votre pension et identifions la stratégie optimale.
La pension espagnole se calcule en plusieurs étapes. La première consiste à déterminer la « base reguladora » (base régulatrice).
Nouveauté 2026 : un système dual de calcul. À partir du 1er janvier 2026, la Sécurité sociale espagnole calcule automatiquement les deux options et retient la plus favorable pour l'assuré :
Les deux formules applicables en 2026 :
Option 1 (classique) :
Base régulatrice = Somme des 300 dernières bases de cotisation (25 ans) ÷ 350
Option 2 (nouvelle) :
Base régulatrice = Somme des 302 meilleures bases parmi les 304 derniers mois ÷ 352,33
La nouvelle option permet d'écarter les 2 mois les plus faibles sur les 304 derniers mois. Concrètement, si vous avez connu des périodes de chômage ou de baisse de salaire, cette formule peut sensiblement améliorer votre base régulatrice. La Sécurité sociale espagnole choisit d'office la formule la plus avantageuse — vous n'avez rien à demander.
Cette réforme progressive s'étendra jusqu'en 2037, où seront prises en compte les 324 meilleures bases parmi les 348 derniers mois (soit les 27 meilleures années parmi les 29 précédant la retraite).
Source : BBVA Mi Jubilación, Disposición transitoria 40ª LGSS
Une fois la base régulatrice déterminée, on applique un pourcentage selon la durée de cotisation :
| Années cotisées | Pourcentage de la base régulatrice |
|---|---|
| 15 ans (minimum) | 50 % |
| Du mois 1 au mois 49 après 15 ans | + 0,21 % par mois supplémentaire |
| Du mois 50 au mois 209 après 15 ans | + 0,19 % par mois supplémentaire |
| 36 ans et 6 mois ou plus | 100 % |
Si vous avez eu des enfants et percevez une pension de retraite, d'incapacité permanente ou de réversion, vous pouvez bénéficier d'un complément de 36,90 €/mois par enfant (2026), dans la limite de 4 enfants.
Ce complément vise à compenser le préjudice de carrière lié à la parentalité. Depuis mai 2025 (arrêt de la CJUE), les hommes peuvent y accéder aux mêmes conditions que les femmes, sans avoir à démontrer un préjudice spécifique.
Source : Real Decreto 39/2026 (BOE)
| Paramètre | Valeur 2026 |
|---|---|
| Pension maximum (toutes pensions confondues) | 47 034,40 €/an (3 359,60 €/mois × 14 pagas) |
| Pension minimum — retraite (personne seule, 65 ans+) | 13 106,80 €/an (936,20 €/mois × 14) +7,07 % vs 2025 |
| Pension minimum — retraite (avec conjoint à charge) | 17 592,40 €/an +7,07 % vs 2025 |
| Pension non contributive | 8 803,20 €/an (629,51 €/mois × 14) +11,4 % vs 2025 |
| Base maximale de cotisation | 4 909,32 €/mois (58 911,84 €/an) |
| Complément brecha de género | 36,90 €/mois par enfant (max. 4 enfants) |
| Revalorisation 2026 | +2,7 % (IPC) pension max. : +2,82 % (IPC + 0,115 %) |
Source : Real Decreto 39/2026 (BOE), La Moncloa – Revalorisation 2026
En Espagne, les pensions sont versées sur 14 mensualités (comme les salaires), avec deux « pagas extraordinarias » en juin et décembre. C'est un point important à prendre en compte dans vos comparaisons avec le système français à 12 mensualités. Pour comparer : un montant mensuel espagnol de 1 200 € sur 14 pagas correspond à 16 800 €/an, soit l'équivalent de 1 400 €/mois sur 12 mois.
Cas pratique : Jean, Franco-Espagnol, 66 ans et 10 mois en 2026
Les règlements européens de coordination de la Sécurité sociale (CE 883/2004) permettent de cumuler les périodes de cotisation acquises dans différents États membres pour :
Important : la totalisation ne signifie pas que vos cotisations sont « transférées ». Chaque pays conserve les cotisations versées chez lui et paie sa propre pension, proportionnelle aux années travaillées sur son territoire.
Source : Consejería de Trabajo en Francia
Chaque pays effectue deux calculs et retient le plus avantageux :
Exemple : Marie, carrière France-Espagne
Chaque pays verse sa pension à partir de son propre âge légal. Si vous prenez votre retraite française à 64 ans, vous ne percevrez la pension espagnole qu'à 65 ans (si ≥ 38a3m de cotisation) ou 66 ans et 10 mois (sinon).
Conséquence : vous pouvez avoir une période de 1 à 3 ans où vous ne percevez qu'une seule pension. Anticipez ce décalage dans votre planification financière !
💡 Solutions possibles : continuer à travailler à temps partiel, s'inscrire comme demandeur d'emploi, constituer une épargne de transition, ou étudier les options de retraite progressive.
En cas de décès de l'assuré, le conjoint survivant peut bénéficier d'une pension de réversion :
| Situation | Montant | Durée |
|---|---|---|
| Règle générale | 52 % de la base régulatrice du défunt | Viagère (sauf remariage) |
| Avec charges familiales ou revenus faibles | 60 % à 70 % de la base régulatrice | Viagère |
| Pension temporaire de veuvage (mariage < 1 an, pas d'enfant) |
52 % | 2 ans |
Conditions : le défunt doit avoir été en situation d'affiliation, avec au moins 500 jours de cotisation dans les 5 dernières années (sauf accident du travail). Le mariage doit avoir duré au moins 1 an, sauf si enfant commun.
Selon le Convenio franco-espagnol de double imposition (1995), les pensions du régime général sont imposables dans le pays de résidence du bénéficiaire.
| Votre situation | Où êtes-vous imposé ? |
|---|---|
| Résidant en France, pension espagnole du régime général | En France uniquement |
| Résidant en Espagne, pension française | En Espagne uniquement |
| Pension publique de fonctionnaire espagnol (État, collectivités) | En Espagne (exonération en France avec progressivité) |
Source : Agencia Tributaria – Francia
Si vous résidez en France et percevez une pension espagnole :
Si vous vous installez en Espagne, vos pensions (française et espagnole) seront imposées à l'IRPF (impôt sur le revenu espagnol) :
| Tranche de revenus | Taux marginal 2026 |
|---|---|
| 0 € – 12 450 € | 19 % |
| 12 450 € – 20 200 € | 24 % |
| 20 200 € – 35 200 € | 30 % |
| 35 200 € – 60 000 € | 37 % |
| 60 000 € – 300 000 € | 45 % |
| Plus de 300 000 € | 47 % |
Attention : les tranches peuvent varier légèrement selon les Communautés autonomes (Catalogne, Andalousie, etc.), l'IRPF étant partagé entre l'État et les régions.
Les plans de pension espagnols sont l'équivalent des plans d'épargne retraite (PER) français. Ils offrent des avantages fiscaux à l'entrée :
Depuis le 1er janvier 2025, une nouveauté majeure : vous pouvez désormais récupérer les sommes investies dans un plan de pension individuel après 10 ans, sans avoir besoin de justifier d'un motif (retraite, invalidité, chômage longue durée…).
Les versements (aportaciones) réalisés avant le 31 décembre 2016 peuvent être récupérés en 2026. En 2027, ce seront ceux de 2017, etc. Cette mesure augmente considérablement la liquidité de ces produits.
Source : Banco de España – Cliente Bancario
Le capital récupéré est imposé comme rendement du travail à l'IRPF, que ce soit à la retraite ou par le droit de liquidité à 10 ans :
Grâce aux règlements européens, vous n'avez qu'à déposer une seule demande de pension auprès de l'organisme de votre pays de résidence (ou de dernier emploi). Celui-ci se chargera de coordonner avec les autres pays.
Si vous résidez en France :
Si vous résidez en Espagne :
Vous avez cotisé en Espagne ? Nous maîtrisons la Seguridad Social. Que vous ayez 5 ans ou 30 ans de cotisation espagnole, nous vous accompagnons :
Seguridad Social España
Real Decreto 39/2026 (BOE)
La Moncloa – Gobierno de España
Your Europe – Commission européenne
Agencia Tributaria
Consejería de Trabajo en Francia
Mercer CFA Institute Global Pension Index 2025
Article publié par Retraite Internationale — Mars 2026
Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil fiscal ou juridique personnalisé. Les informations sont basées sur la législation en vigueur au moment de la rédaction. Consultez un professionnel pour votre situation particulière.