Vous avez travaillé quelques années au Royaume-Uni, cotisé à une workplace pension chez votre employeur britannique, puis vous êtes rentré en France — ou vous y avez toujours vécu en tant que frontalier ou expatrié temporaire. Aujourd'hui, vous vous demandez ce qu'il advient de cette épargne-retraite.
La bonne nouvelle : cet argent vous appartient toujours. La moins bonne : le récupérer efficacement depuis la France nécessite de comprendre deux systèmes fiscaux, plusieurs types de pensions, et quelques pièges administratifs redoutables — notamment le fameux « emergency tax » britannique qui peut vous amputer de 45 % au premier retrait.
Ce guide vous explique tout : comment identifier vos droits, les options de retrait, la fiscalité franco-britannique, et surtout les stratégies concrètes pour optimiser votre sortie — y compris le précieux taux forfaitaire de 7,5 % en France.
Depuis l'auto-enrolment de 2012, tout employeur britannique est tenu d'inscrire automatiquement ses salariés éligibles à un régime de pension d'entreprise. Les cotisations minimales s'élèvent à 8 % du salaire (dont 3 % à la charge de l'employeur). Ce système a créé des millions de "petits pots" de retraite, souvent oubliés par ceux qui ont quitté le Royaume-Uni.
Contrairement à la State Pension (équivalent de la retraite de base), la workplace pension est une épargne privée gérée par des organismes comme NEST, Aviva, Scottish Widows, Legal & General ou People's Pension.
Il existe deux grandes catégories, avec des implications très différentes pour le retrait :
| Defined Contribution (DC) | Defined Benefit (DB) |
|---|---|
| La plus courante aujourd'hui | Les « final salary pensions » |
| Pot individuel investi sur les marchés financiers. La valeur fluctue selon les performances. | Rente garantie calculée selon une formule (ex : 1/60e du salaire final × années de service). |
| Vous récupérez la valeur du pot au moment du retrait. | Vous percevez une rente viagère prédéterminée. |
| Flexibilité totale : retrait en capital, rente, ou combinaison. | Plus rare aujourd'hui, encore fréquent dans le secteur public et grandes entreprises historiques. |
Vérifiez vos anciens bulletins de paie britanniques, contactez votre ancien employeur, ou utilisez le Pension Tracing Service gratuit du gouvernement britannique (gov.uk).
Première certitude : votre pension reste acquise même si vous quittez le Royaume-Uni. Il n'y a pas de délai minimum de cotisation pour les pensions DC (contrairement à la State Pension qui exige 10 ans). Pour les pensions DB, un minimum de 2 ans de service est généralement requis pour des droits acquis (« vested rights »).
Un problème fréquent : vous avez travaillé pour plusieurs employeurs britanniques et vous avez aujourd'hui plusieurs « petits pots » de pension dormants, parfois chez des gestionnaires dont vous avez oublié le nom.
La solution : le Pension Tracing Service du gouvernement britannique. Ce service gratuit vous permet de retrouver les coordonnées des gestionnaires de vos anciennes pensions à partir du nom de vos anciens employeurs.
Depuis les « pension freedoms » de 2015, vous disposez d'une grande flexibilité :
Nous pouvons vous aider à les identifier, évaluer vos droits et définir la meilleure stratégie de retrait selon votre situation fiscale. → Demander un diagnostic gratuit de mes pensions UK
La convention fiscale franco-britannique de 2008 est claire : les pensions privées sont imposables dans le pays de résidence. Votre workplace pension (DC ou DB) sera donc imposée en France, pas au Royaume-Uni.
C'est là que ça se complique. Par défaut, le fisc britannique (HMRC) et les gestionnaires comme Aviva appliquent souvent un code fiscal d'urgence sur le premier retrait important. Ce prélèvement peut atteindre 45 % de votre capital — même si vous êtes résident fiscal français et que vous n'avez rien à payer au UK.
Cette somme n'est pas perdue : elle est récupérable. Mais elle sera « bloquée » au Royaume-Uni pendant plusieurs mois le temps d'obtenir le remboursement.
L'article 163 bis du Code général des impôts offre une option extrêmement avantageuse : si vous retirez votre épargne-pension étrangère sous forme de capital unique, vous pouvez bénéficier d'un prélèvement forfaitaire de 7,5 % (après un abattement de 10 %), au lieu de l'intégrer à vos revenus et subir votre tranche marginale d'imposition (qui peut atteindre 30 %, 41 % ou 45 %).
Pour bénéficier du taux de 7,5 %, le versement ne doit pas être fractionné. Si vous faites un « petit retrait test » de £100 pour activer votre code fiscal UK, puis le reste plus tard, le fisc français peut requalifier le gros retrait comme une pension ordinaire imposable à votre tranche marginale.
Un seul retrait = 7,5 %. Deux retraits = tranche marginale (jusqu'à 45 %).
Au-delà de l'impôt sur le revenu, votre pension privée UK est également soumise aux prélèvements sociaux français. C'est un poste de coût significatif que beaucoup de personnes oublient dans leurs projections.
| Affilié à la Sécurité sociale française (cas général si vous vivez et travaillez en France) |
9,1 % CSG + CRDS + contributions |
| Affilié à un régime étranger (formulaire S1) (ex : retraité du NHS couvert par le système UK) |
7,5 % Prélèvement de solidarité uniquement |
Point crucial : Ces prélèvements sociaux s'appliquent en plus de l'impôt sur le revenu (que vous optiez pour le taux forfaitaire de 7,5 % ou pour le barème progressif). Ils ne sont pas inclus dans le taux de 7,5 % évoqué précédemment — c'est une charge supplémentaire.
Retrait d'une workplace pension de £50 000 (≈ 58 500 €)
| Impôt sur le revenu (avec abattement de 10 %) | |
| Montant brut | 58 500 € |
| Abattement 10 % | - 5 850 € |
| Base imposable IR | 52 650 € |
| Impôt (taux forfaitaire 7,5 %) | 3 949 € |
| Prélèvements sociaux (sur le brut, sans abattement) | |
| Assiette (montant brut) | 58 500 € |
| Prélèvements sociaux (9,1 %) | 5 324 € |
| Total des prélèvements (IR + PS) | 9 273 € (≈ 15,9 %) |
| Net en poche | 49 227 € |
Point important : L'abattement de 10 % s'applique uniquement pour le calcul de l'impôt sur le revenu. Les prélèvements sociaux, eux, sont calculés sur le montant brut, sans abattement. C'est pourquoi ils représentent souvent plus que l'impôt lui-même (5 324 € vs 3 949 € dans notre exemple).
Voici le dilemme classique : soit vous faites un « petit retrait » pour obtenir un code fiscal NT (No Tax) au Royaume-Uni, mais vous perdez les 7,5 % en France. Soit vous retirez tout d'un coup et vous vous faites amputer de 45 % pendant plusieurs mois.
Deux stratégies s'offrent à vous :
C'est la méthode la plus utilisée car elle garantit le respect des règles françaises tout en récupérant l'argent britannique :
✅ Avantage : Aucun frais
⚠️ Inconvénient : 45 % de votre capital bloqué pendant plusieurs mois
Si vous ne pouvez pas vous permettre de bloquer 45 % de votre capital pendant plusieurs mois, ou si votre capital est supérieur à £50 000, une option plus sophistiquée existe : le transfert vers un International SIPP avant le retrait.
Le principe : Au lieu de retirer directement d'Aviva, vous demandez un transfert (« Pension Transfer ») vers un gestionnaire spécialisé dans les expatriés. Ce transfert est fiscalement neutre. Ces gestionnaires sont habitués aux non-résidents et peuvent souvent appliquer un code NT (No Tax) dès le premier retrait.
| Critère | Remboursement HMRC | International SIPP |
|---|---|---|
| Avance de trésorerie | Oui (45 % bloqués 1-4 mois) | Non |
| Frais | Aucun | £200-500 de setup |
| Délai total | 2-5 mois | 1-2 mois |
| Taux 7,5 % France | ✓ Garanti | ✓ Garanti |
| Gestion devise (EUR) | Non | Oui |
| Recommandé si | Capital < £50 000 | Capital > £50 000 |
Vous avez peut-être entendu parler des QROPS (Qualifying Recognised Overseas Pension Scheme). Un point essentiel : il n'existe aucun QROPS reconnu en France. Un transfert vers une structure française (comme un PER) est donc impossible sans pénalités.
De plus, depuis le Budget UK d'octobre 2024, la taxe de 25 % (Overseas Transfer Charge) s'applique désormais même aux transferts intra-EEE (vers Malte ou Gibraltar par exemple). Cette option n'a donc de sens que dans des cas très spécifiques.
Voici les étapes clés pour récupérer votre pension UK depuis la France :
Non, il est impossible de transférer une pension britannique vers un PER en France. La France ne possède pas de QROPS. Tout transfert subirait une taxe punitive de 25 % (Overseas Transfer Charge).
Vous avez deux options : faire un retrait total, subir la taxe puis demander le remboursement au HMRC via le formulaire France-Individual, ou transférer votre pension vers un International SIPP qui peut appliquer un code NT (No Tax) avant le retrait.
Pour bénéficier du prélèvement forfaitaire de 7,5 % (après abattement de 10 %), le retrait de votre pension étrangère doit se faire en capital, en une seule fois. Tout versement fractionné vous expose à l'imposition selon le barème progressif.
GOV.UK – Pension Tracing Service (Retrouver une pension)
BOFIP – BOI-RSA-PENS-30-10-20 (Fiscalité des pensions et prélèvement forfaitaire de 7,5 %)
GOV.UK – Tax on your private pension (Taxes et retraits de pension)
Article publié par Retraite Internationale — Janvier 2026. Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé. Consultez un professionnel pour votre situation particulière.