« J'ai travaillé plusieurs années aux États-Unis. Est-ce que mes cotisations américaines comptent pour ma retraite en France ? » — C'est la question que nous posent régulièrement les Français de retour des USA, les anciens expatriés à New York, Miami ou San Francisco, ou ceux qui préparent leur retour.
La réponse courte : vos crédits américains (quarters of coverage) ne se « transfèrent » pas en France. Mais ils comptent pour votre retraite française — et peuvent vous éviter une décote significative grâce à la convention bilatérale de sécurité sociale entre la France et les États-Unis. De plus, vos trimestres français servent également à ouvrir vos droits américains si vous n'avez pas les 10 ans requis aux USA.
Beaucoup pensent qu'il suffit de « rapatrier » ses cotisations Social Security vers la France pour les convertir en trimestres français. Ce n'est pas ainsi que cela fonctionne.
Grâce à la convention bilatérale de sécurité sociale entre la France et les États-Unis, signée le 2 mars 1987 et entrée en vigueur le 1er juillet 1988, vos périodes sont reconnues des deux côtés de l'Atlantique. Mais le principe est le suivant :
Vos années aux États-Unis ne « deviennent » pas des trimestres français. Mais elles sont totalisées pour vous permettre d'atteindre le taux plein en France et d'éviter la décote. C'est ce qu'on appelle la totalisation.
De la même manière, si vous n'avez pas les 40 crédits (10 ans) requis aux USA pour toucher la Social Security, l'accord permet d'utiliser vos trimestres français pour ouvrir ce droit.
Chaque pays calcule ensuite sa pension séparément, sur ses seuls revenus.
La convention France-USA est un accord de type 2 (classification Cleiss). Contrairement aux règlements européens (CE 883/2004), il ne prévoit pas de totalisation-proratisation globale : chaque pays calcule sa pension séparément, sans comparer à une pension théorique globale. La totalisation ne sert qu'à ouvrir les droits (taux plein), pas à calculer le montant en prorata de la carrière entière.
En France, pour obtenir votre retraite de base à taux plein, vous devez justifier d'un certain nombre de trimestres (jusqu'à 172 pour les générations nées à partir de 1965). Si vous n'atteignez pas ce nombre, votre pension subit une décote définitive.
Grâce à la totalisation, vos crédits américains comptent dans ce calcul. Ils peuvent faire la différence entre une retraite à taux plein et une retraite avec décote.
Vos périodes américaines ne génèrent pas de points Agirc-Arrco. La convention bilatérale ne couvre pas les régimes complémentaires.
Mais : si la totalisation vous permet d'obtenir le taux plein à la retraite de base (CNAV), cela entraîne automatiquement la suppression de l'abattement temporaire sur votre complémentaire. Vos points Agirc-Arrco seront liquidés à 100 %, sans malus.
L'impact de vos crédits américains ne se limite pas à la CNAV. Ils peuvent aussi faire « sauter » l'abattement de 10 % sur votre complémentaire Agirc-Arrco. C'est un gain souvent sous-estimé qui peut représenter plusieurs milliers d'euros par an.
Lors du calcul de votre pension française, la CNAV effectue deux calculs :
Le montant le plus avantageux vous est versé.
Le taux de liquidation (50 % vs taux réduit).
Atteindre le taux plein et éviter la décote.
Supprimer l'abattement Agirc-Arrco.
Le Salaire Annuel Moyen (SAM).
La durée d'assurance au numérateur de la proratisation.
Les points Agirc-Arrco.
Générer une surcote.
Pension = SAM × Taux (amélioré par les USA) × (Trimestres FR ÷ Durée requise)
Seuls vos salaires et trimestres français entrent dans le SAM et la proratisation. Les crédits US n'interviennent que pour le taux (50 % ou réduit). Dans une convention de Type 2 comme celle des USA, le dénominateur est toujours la durée requise pour votre génération (ex: 172) et non la durée totale de votre carrière, ce qui est parfois moins avantageux qu'en Europe.
Il est fondamental de comprendre que les trimestres validés à l'étranger (dont les USA) ne peuvent pas générer de surcote en France.
Si vous avez 150 trimestres français et 40 trimestres US, votre total est de 190. Si votre génération requiert 172 trimestres, vous avez largement le taux plein (50%). Cependant, les 18 trimestres "en trop" ne vous donneront aucune majoration de pension (+1,25 % par trimestre supplémentaire) car cette surcote n'est accordée que pour les trimestres réellement cotisés au régime français après l'âge légal et au-delà du taux plein.
Sophie a passé 32,5 ans en France (130 trimestres) puis 10 ans aux États-Unis (40 crédits). Son Salaire Annuel Moyen français est de 32 000 €.
Marc a fait l'essentiel de sa carrière en France (156 trimestres) avec une expérience de 5 ans aux États-Unis (20 crédits). Son SAM français est de 42 000 €.
Pour que la totalisation s'applique côté américain (ouvrir un droit à la Social Security avec l'aide des trimestres français), vous devez avoir cotisé au moins 6 crédits aux USA, soit environ 18 mois de travail. En dessous, pas de pension américaine — mais vos crédits restent totalisables côté français.
La CNAV convertit vos credits américains en trimestres : 1 credit = 1 trimestre. La SSA communique vos périodes via un formulaire de liaison.
Si vous percevez une pension française et une pension américaine, la Social Security américaine peut appliquer la WEP pour réduire le montant de votre pension US. Cette règle évite que des travailleurs ayant une pension étrangère bénéficient de la formule américaine très avantageuse pour les bas revenus. C'est un mécanisme complexe à anticiper lors de vos simulations.
Si vous avez travaillé à la fois dans un pays de l'UE/EEE/Suisse et aux États-Unis, la France ne peut pas totaliser simultanément les périodes européennes et américaines. Le calcul se fait convention par convention :
Exemple : si vous avez travaillé en France, en Allemagne ET aux USA, vos trimestres allemands et américains ne s'additionnent pas entre eux. C'est un point technique crucial que seul un bilan retraite personnalisé permet de trancher.
Le plus avantageux est retenu. Les périodes UE et USA ne se combinent jamais entre elles.
Si votre employeur français vous a envoyé temporairement aux USA sous le régime du détachement (durée maximale de 5 ans), vous restez affilié au régime français. Votre employeur continue de cotiser à la CNAV et à l'Agirc-Arrco, et vous êtes exonéré de la FICA Tax américaine. Dans ce cas, il n'y a pas de coordination à faire.
| Critère | 🇫🇷 France | 🇺🇸 États-Unis |
|---|---|---|
| Âge légal | 64 ans (génération 1968+) | 62 ans (anticipé, avec -30 %) |
| Taux plein | 64 ans + trimestres requis ou 67 ans automatique | 67 ans (full retirement age) |
| Bonus si report | Surcote : +1,25 %/trimestre (sur trim. FR) | +8 %/an entre 67 et 70 ans |
| Durée requise | 172 trimestres | 40 crédits (≈ 10 ans) |
| Complémentaire | Agirc-Arrco (non couverte) | 401(k), IRA (non coordonnés) |
Si vous liquidez votre retraite française à 64 ans, votre Social Security ne sera versée qu'à 62 ans (réduite de 30 %) ou à 67 ans (taux plein). Reporter jusqu'à 70 ans majore la pension de 8 % par an.
💡 Stratégie : dissocier la liquidation (retraite française d'abord, Social Security plus tard), constituer une épargne de transition, ou étudier le cumul emploi-retraite.
Décalage d'âge, non-cumul des conventions, impact Agirc-Arrco, opportunité CFE, WEP… Nos spécialistes analysent chaque situation.
Demander une simulation gratuiteC'est une question stratégique que chaque expatrié aux États-Unis devrait se poser. La Caisse des Français de l'Étranger (CFE) propose une assurance volontaire vieillesse qui vous permet de continuer à valider des trimestres au régime général français (4 par an) et d'augmenter votre Salaire Annuel Moyen (SAM).
Si vous cotisez à la CFE pendant vos années aux USA, ces années deviennent des trimestres français. Lors de la totalisation, vous ne pouvez pas les compter "en double" (à la fois comme trimestres CFE et comme crédits US). Cependant, la CFE est extrêmement puissante car elle :
La cotisation est forfaitaire : environ 8 400 €/an pour les revenus supérieurs à 47 100 € (barème 2025).
| La CFE est intéressante si… | La CFE est moins pertinente si… |
|---|---|
| Vous n'atteignez pas le taux plein même avec la totalisation | Vous atteignez déjà le taux plein (France + USA) |
| Votre SAM est faible et peut être amélioré | Votre SAM sur les 25 meilleures années est déjà au plafond |
| Votre expatriation dure plus de 5 ans | Votre expatriation est courte (< 3 ans) |
| Vous souhaitez aussi protéger vos droits Agirc-Arrco | Vous avez déjà acquis l'essentiel de vos points |
« La rentabilité de la CFE dépend entièrement de votre situation individuelle. Dans certains cas, elle peut augmenter votre pension de base de plusieurs centaines d'euros par mois ; dans d'autres, elle n'apporte qu'un gain marginal. Un bilan retraite permet de chiffrer précisément le retour sur investissement. »
L'Agirc-Arrco représente environ un tiers de la pension totale d'un cadre. Ne pas cotiser pendant 10 ou 15 ans d'expatriation peut représenter une perte de plusieurs centaines d'euros par mois à la retraite.
L'adhésion à Malakoff Humanis International Agirc-Arrco permet de continuer à acquérir des points, soit via un contrat collectif de votre employeur, soit à titre individuel. Cette démarche est indépendante de la convention bilatérale.
Vérifiez que vos périodes aux États-Unis figurent sur votre relevé de carrière français. Si ce n'est pas le cas, signalez-les via votre espace personnel sur info-retraite.fr ou lassuranceretraite.fr.
Les services français se chargeront de contacter la Social Security Administration (SSA) pour obtenir le formulaire de liaison attestant vos périodes.
N'attendez pas le moment de la liquidation pour cette régularisation. La coordination CNAV-SSA peut prendre plusieurs mois, voire plus d'un an. Plus vous anticipez, moins vous risquez de retards.
Adressez-vous à votre CARSAT / CNAV.
Elle transmettra à la SSA.
Bureau local SSA ou bureau international de Baltimore.
Formulaire SSA-2490.
Délai de traitement : 6 à 12 mois. Anticipez au moins 6 mois avant votre départ souhaité.
Naviguer entre le système français et le système américain demande rigueur et expertise. La convention France-USA est un accord de type « calcul séparé » (Type 2) — plus simple en apparence que les règlements européens, mais source de pièges pour qui ne maîtrise pas les subtilités.
Un cabinet spécialisé en retraites internationales saura identifier tous vos droits, évaluer l'opportunité de la CFE et de l'Agirc-Arrco, gérer le décalage d'âge, traiter le non-cumul des conventions, simuler la dissociation de la liquidation, et prévenir les erreurs administratives (et les risques liés à la WEP).
Préparer une retraite franco-américaine, c'est articuler deux systèmes fondamentalement différents : la France avec ses trimestres, son SAM sur 25 ans et ses régimes complémentaires obligatoires ; les États-Unis avec leurs credits, leur calcul sur 35 ans (AIME/PIA) et leurs plans de capitalisation.
La convention bilatérale de 1988 garantit que vos périodes ne sont pas perdues — mais elle ne fait pas tout. Comme le montrent nos exemples, la totalisation seule ne suffit pas toujours à atteindre le taux plein, surtout pour les carrières longues à l'étranger. Les décisions stratégiques (cotisation CFE, date de liquidation, dissociation des départs) peuvent représenter des dizaines de milliers d'euros sur la durée de votre retraite.
Convention de sécurité sociale France-États-Unis (Cleiss)
Cleiss — Retraite après avoir travaillé dans un État signataire
L'Assurance Retraite — Droits retraite en cas d'expatriation
Social Security Administration — Retirement Benefits
SSA — Social Security Credits
SSA — Totalization Agreement with France
Service-Public.fr — Salarié détaché ou expatrié
Caisse des Français de l'Étranger (CFE)
Malakoff Humanis International Agirc-Arrco
Article publié par Retraite Internationale — Mars 2026
Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil fiscal ou juridique personnalisé. Les informations sont basées sur la législation en vigueur au moment de la rédaction. Consultez un professionnel pour votre situation particulière.